• Christian Gauthier

COVID-19 et modifications du comportement tabagique


La COVID-19, apparue en Chine en décembre 2019, est due à un nouveau coronavirus, le coronavirus 2019, à l’origine de la pandémie actuelle [1]. Les résultats des études sur l’association entre tabagisme et risque de COVID-19, bien que discordants, montrent une association positive entre un tabagisme actuel ou ancien et un risque de forme sévère de la COVID-19 [2]. En Chine, les fumeurs hospitalisés pour COVID-19 présentent un risque 2,9 fois plus élevé de complications sévères, comparativement aux non-fumeurs [3]. Au Royaume-Uni, Pooja Patwardhan, un médecin membre du Royal College of General Practitioners (RCGP), s’inquiétait du risque d’augmentation de la consommation de tabac chez les fumeurs actuels et/ou de rechute chez les ex-fumeurs, en raison du stress et du risque d’aggravation d’un état anxiodépressif préexistant, lié au confinement ou à la peur de contracter la COVID-19 et soulignait l’importance d’aider les fumeurs et ex-fumeurs pendant cette période [4]. Il nous a semblé intéressant d’étudier les effets de la COVID-19 et du confinement sur le comportement tabagique, en termes de modifications de la consommation de tabac. Les études montrent que les fumeurs actuels ont plus souvent augmenté leur consommation de tabac qu’arrêté de fumer depuis le début de la pandémie de COVID-19. Ainsi, une enquête polonaise, réalisée sur internet auprès de 1097 adultes pendant le confinement, montrait que 45,2 % des fumeurs avaient augmenté leur consommation de tabac [5]. Dans l’enquête chinoise de Sun et al. [6], menée sur internet chez 6416 adultes de la population générale, 20 % des fumeurs réguliers avaient augmenté leur consommation de cigarettes et 25,3 % des ex-fumeurs avaient rechuté. Les auteurs faisaient le même constat pour la consommation d’alcool et l’addiction à internet. Enfin, 8,4 % des fumeurs quotidiens avaient arrêté de fumer, paradoxalement 1,6 % des non-fumeurs avait commencé à fumer et 6,7 % des fumeurs occasionnels étaient devenus des fumeurs quotidiens. Dans une enquête américaine [7] menée sur internet le 10 avril 2020 auprès de 366 fumeurs et/ou utilisateurs de cigarette électronique (CE), 30,3 % des fumeurs déclaraient que leur consommation de tabac avait augmenté depuis le début de la pandémie, 41,4 % qu’elle était restée inchangée et 28,3 % qu’elle avait diminué. Concernant l’usage de la CE, 29,1 % des vapoteurs déclaraient que leur usage de la CE avait augmenté, 46 % qu’elle était restée stable et 24,9 % qu’elle avait diminué. Une perception plus importante du risque de COVID-19 lié au tabagisme ou à l’usage de la CE était associée à une augmentation de la motivation à arrêter le tabac et/ou la CE. Plus de 20 % des participants déclaraient avoir arrêté l’un des deux produits afin de diminuer le risque de COVID-19. Pour les auteurs, le stress provoqué par la pandémie pourrait être à l’origine de l’augmentation du tabagisme ou de l’usage de la CE. Dans l’enquête de Santé Publique France [8] menée entre le 30 mars et le 1er avril 2020, 27 % des fumeurs déclaraient que leur consommation de tabac avait augmenté depuis le confinement, 55 % qu’elle était stable et 19 % qu’elle avait diminué. La hausse moyenne du nombre de cigarettes fumées par les fumeurs quotidiens (94 % des fumeurs interrogés) était de 5 cigarettes par jour. L’augmentation de la consommation de tabac était plus fréquemment mentionnée par les 25–34 ans (41 %) et les actifs travaillant à domicile (37 %). L’ennui, le manque d’activité, le stress et le plaisir pris à fumer étaient les principales raisons mentionnées par les fumeurs ayant augmenté leur consommation. Il était noté que l’augmentation du tabagisme était corrélée au risque d’anxiété et de dépression. Des études notent une diminution ou une tendance souvent non significative à une diminution du tabagisme. Dans une étude turque [9], le statut tabagique de 357 patients dépendants de la nicotine et ayant consulté pour un sevrage tabagique en 2018 a été évalué 1 an plus tard (en 2019), puis pendant la pandémie de COVID-19 (en mai 2020). Il était constaté que l’apparition de la pandémie avait favorisé l’arrêt du tabac. En effet, avant la pandémie, le taux de sevrage tabagique, à 1 an de suivi, était de 23,7 %, alors qu’il était plus élevé (31,1 %) pendant la pandémie (p < 0,001). Une enquête italienne [10] menée par internet pendant le confinement (du 5 au 24 avril 2020) chez 3533 adultes de la population générale montrait que 3,3 % des fumeurs avaient arrêté de fumer. D’autre part, le nombre de fumeurs de plus de 10 cigarettes par jour avait diminué de 0,5 %. Une étude espagnole a, pour sa part, retrouvé une diminution non significative de la prévalence du tabagisme actuel suite à la mise en place du confinement [11]. Deux travaux ont recensé les recherches sur internet et les téléchargements d’applications concernant le sevrage tabagique pendant la pandémie. Elles ne retrouvent pas de modification comparativement à la période précédant la pandémie. Heerfordt et al. [12] ont étudié le nombre de recherches sur Google à l’aide des données de Google Trends (trends.google.com) concernant le sevrage tabagique au cours des premiers mois de la pandémie de COVID-19 (du 16 janvier au 13 avril 2020). Il était constaté une stabilité du nombre de recherches sur Google, comparativement aux semaines précédentes, avec les mots-clés habituels du sevrage tabagique (« smoking cessation », « quit smoking », « help quit smoking » et « how do I quit smoking »). Pour les auteurs, ce constat pourrait refléter l’absence d’intérêt pour l’arrêt du tabac pendant la période de l’étude. Une enquête menée au Royaume-Uni [13] chez des adultes fumeurs quotidiens ou intermittents ne retrouvait pas d’association entre l’apparition de la pandémie de COVID-19 et une augmentation du nombre quotidien de téléchargements sur smartphone de l’application d’aide au sevrage tabagique « Smoke Free app » entre le 1er janvier 2020 et le 31 mars 2020, d’une part, et entre le 1er janvier 2019 et le 31 mars 2020, d’autre part. Enfin, l’étude de Bommelé et al. [14] s’est intéressée aux effets du stress lié à la COVID-19 sur les modifications du comportement tabagique des fumeurs. Leur étude était menée sur internet auprès d’un échantillon représentatif de 957 fumeurs actuels de la population générale des Pays-Bas entre le 11 et le 18 mai 2020 (6 semaines après le début du pic du nombre de cas et de décès dans ce pays). D’une manière générale, 18,9 % des fumeurs déclaraient que leur consommation de tabac avait augmenté et 14,1 % qu’elle avait diminué. En analyse multivariée, après ajustement sur l’âge, le sexe, le niveau d’éducation et le degré de dépendance au tabac, le stress lié à la COVID-19 était associé, avec un effet dose-réponse, tout à la fois à une augmentation et à une réduction de la consommation de tabac, indépendamment du niveau de perception de la difficulté à arrêter et du degré de motivation à arrêter de fumer en relation avec la pandémie de COVID-19. Les fumeurs ayant un niveau moyennement élevé de stress pouvaient présenter une association positive avec une augmentation (odds ratio (OR) = 2,37 ; intervalle de confiance à 95 % (IC95 %) : 1,49–378) mais aussi avec une réduction de la consommation tabagique (OR = 1,80 ; IC95 % : 1,07–3,05). Il en était de même chez les fumeurs ayant un niveau très élevé de stress : augmentation du tabagisme (OR = 3,75 ; IC95 % : 1,84–7,64), réduction du tabagisme (OR = 3,97 ; IC95 % : 1,70–9,28). Ainsi, dans ce contexte, certains fumeurs fumaient davantage alors que d’autres fumaient moins. Tandis que l’ennui et les limitations des déplacements pourraient expliquer l’augmentation du tabagisme chez certains fumeurs, la peur de contracter la maladie dont les complications respiratoires graves ont été largement médiatisées, pourraient en avoir motivé d’autres à diminuer ou arrêter de fumer pour préserver leur santé. L’étude américaine de Hochstatter et al. [15] n’a pas analysé les modifications du comportement tabagique ; en revanche, elle a mis en évidence que, pendant la pandémie de COVID-19, comparativement à la période précédente, les consommateurs d’alcool et/ou de cannabis n’avaient pas modifié leur consommation. Les usagers d’autres substances psychoactives illicites (héroïne, cocaïne, méthamphétamine, etc.) avaient augmenté leur consommation. Leur confiance à rester abstinent avait diminué, comme leur présence aux réunions d’aide à l’arrêt de ces substances addictives. En conclusion, la pandémie de COVID-19 semble avoir un double effet sur le comportement tabagique. Elle induit une réduction ou un arrêt du tabac chez certains fumeurs alors qu’inversement, elle provoque une augmentation de la consommation tabagique chez d’autres. Ceci souligne l’importance de renforcer les campagnes de sensibilisation à l’arrêt du tabac auprès du grand public ainsi que les moyens d’aide au sevrage tabagique dans cette période difficile de pandémie de COVID-19. D’autres études sont nécessaires pour examiner les modifications du comportement tabagique à moyen et long terme.


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https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7444902/

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